15.05.2012

Les victimes...

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Sophie suit des cours de djembé auprès de Pete, un professeur Togolais. Un soir, il annonce à ses élèves qu’il organise un voyage de deux semaines à Lomé. Pas un circuit touristique classique, mais bel et bien quelque chose d’authentique et de profond, une immersion totale au sein de la vie quotidienne de la population. Malgré le caractère versatile de Pete et ses propos parfois orduriers, violents et racistes, Sophie réussit à convaincre son mari Antoine, déjà tenté par une visite sur le continent où il a passé son enfance, de participer au voyage. Curieusement, Pete refuse de leur donner avant leur arrivée les contacts sur place. Autre étrangeté, à l’aéroport, ils découvrent un Pete rasta, transformé en homme d’affaires, costume et crâne rasé, qui semble les ignorer… La stupéfaction est encore plus grande quand, une fois arrivés dans un petit village, Pete s’avère être en fait le gourou d’une église sectaire ! L’endroit où ils sont logés est plus que rudimentaire : saleté, eau croupie, insectes grouillants… et ils n’ont toujours pas récupérés leurs bagages ! Le jeune couple a le sentiment d’être séquestré, et pour cause, ils sont de fait pris en otages par Pete et les membres de la secte. Antoine tombe malade ! Parviendront-ils à fuir ?

 

Un thriller angoissant

Les scénaristes Arnaud Floc’h et Christiane Germain se sont inspirés d’une histoire vraie ahurissante. C’est un cauchemar qui se transforme en thriller angoissant. Mais, c’est une aventure qui n’arriverait pas à tout le monde. Sophie et Antoine sont les pigeons rêvés. Aveuglé par ses préjugés culturels pour un continent qu’il connait mal, et par la promesse alléchante de découvrir une Afrique authentique, le couple ne perçoit pas les manœuvres du leader d’une secte religieuse. Les scénaristes adaptent ici une histoire de Claude K Dubois. On imagine pourtant mal des individus qui se laissent gruger à tel point. Mais, la preuve est faite que cela peut arriver. Grand voyageur des pays africains, Floc’h a pour objectif de prévenir tous ceux qui pourrait être victimes d’une telle arnaque. Il décortique le mécanisme des sectes qui s’attaquent aux gens naïfs. Il aborde le racisme et les différences culturelles. La secte joue sur le rêve et manipule. Ce qui devait être un voyage inoubliable devient un drame. Floc’h montre qu’il existe des signes qu’il ne faut pas ignorer. Ici, Pete refuse de donner des contacts. Il est violent et raciste. Sur place, il isole le couple et lui inflige des privations. Graphiquement, Floc’h déroule un trait réaliste et cru qui sert à merveille le scénario. Les personnages sont bien typés et les couleurs illuminent les planches.

On a bien du mal à croire en ce récit percutant dont les acteurs sont d’une grande naïveté ! Mais, le but préventif est atteint. A lire absolument !

 

Marc Bauloye

 

Les otages Floc’h Germain Dubois Futuropolis

14.05.2012

L'Apocalypse...

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Décembre 1665. Baldassare Embriaco, Génois d’Orient, négociant en livres et curiosités, se voit un jour offrir, en remerciement d’un service, un livre mythique : Le Centième Nom, ouvrage légendaire qui contiendrait le nom caché de Dieu et détiendrait de ce fait le pouvoir d’apporter le salut au monde. Mais, Baldassare, maladroit, laisse presque aussitôt l’ouvrage lui échapper. Ne vient-il pas de commettre une erreur fatale, alors que les sombres prémonitions qui préludent à l’année qui s’annonce – 1666, l’année maudite, l’année de la Bête -, sont dans tous les esprits ? Alarmé, Baldassare part sur les routes vers Tripoli, afin d’essayer de retrouver l’ouvrage. Il est accompagné des ses deux neveux et de la belle Marta, une veuve avec qui il vit une intense relation amoureuse. Rien ne va se dérouler comme ils l’escomptaient. Marta, enceinte de Baldassare, découvre que son mari n’est pas mort, et Baldassare, qui croyait Le Centième Nom perdu, apprend qu’il serait entre les mains d’un commerçant anglais. Au seuil de l’année 1666, vouée selon les croyants, à l’Apocalypse, les amants sont brutalement séparés. Marta est contrainte de rejoindre son mari tandis que Baldassare, expulsé vers le nord, prend bientôt le chemin de Londres. Va-t-il retrouver Le Centième Nom ?

 

Une adaptation réussie

Dessinateur et scénariste, Joël Alessandra adapte ici un roman d’Amin Maalouf. Il y avait tant de matière qu’il a découpé l’histoire en trilogie. Le Périple parle d’un voyage initiatique fait de tolérance et de clairvoyance. Chacun de nous, explique Alessandra, de par son expérience, s’est trouvé une fois dans sa vie blessé par l’incompréhension, l’injustice entre les peuples et les religions. On retrouve deux axes dans l’adaptation : la quête du livre qui sème la mort et une formidable histoire d’amour. Les rebondissements ne manquent pas et le mystère plane sur la véracité du livre mythique. Par petites touches, l’auteur, respectueux du roman, amène son héros dans les bras d’une femme à la recherche de son mari dont elle veut s’affranchir. Un Ciel sans étoiles raconte un amour impossible et un périple semé d’embûches. Rien n’est épargné au héros : la perte de Marta et de multiples déconvenues. C’est avec déchirement qu’il laisse partir Marta. Enfin, il lui arrive un phénomène étrange relatif à l’objet de sa quête. Le graphisme léger et chatoyant illustre le récit à merveille. Alessandra écrit son scénario sous forme de BD, mais aussi comme un carnet de voyages. La technique utilisée rend hommage aux paysages que les couleurs vives subliment. Le lecteur reste sur sa faim : le héros va-t-il retrouver le précieux manuscrit et va-t-il vivre un autre amour intense ?

On attend avec impatience le dernier volume de cette adaptation réussie car le récit charme le lecteur…

 

Marc Bauloye

 

Le périple de Baldassare Un Ciel sans étoiles Joël Alessandra

11.05.2012

Révélations finales...

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Fin des années 40. Robert Sherman, candidat démocrate à la Présidence des USA, est assassiné en plein discours de campagne électorale. Véritable incarnation du rêve américain, parti de rien et à présent magnat de la finance, son père, Jay Sherman, assiste, impuissant, à la scène. Alors que son fils est entre la vie et la mort, Jay reçoit un étrange appel : il doit payer pour ce qu’il a fait ! Après son fils, ce sera au tour de sa fille, Jeannie, d’en pâtir. Il sera aussi délesté de sa fortune. Il va tout perdre ! Jay se rappelle comment il a fait son chemin en épousant la fille du banquier Wallace et en montant les échelons dans la banque. Dès le début, il se fait un ennemi en la personne de David Sterling qui intrigue pour le faire virer. Grâce à son ami Karl Jurgen, inventeur de caoutchouc et de pétrole synthétique, Jay réintègre la banque Wallace. Dans le présent, Jay découvre l’identité de l’homme qui a téléphoné. C’est une ancienne connaissance : Klaus Dimitar, un ancien SS. La confrontation est inéluctable. Mais, Jeannie est toujours en danger : son ennemi a enlevé sa fille. Il faut que Jay remonte dans son passé, dans les années 30, pour trouver des pistes. Jay avait investi dans une industrie allemande fabriquant du caoutchouc synthétique et du carburant de synthèse. Jay se souvient du festival de Bayreuth, l’année de la montée au pouvoir des nazis, où il a été invité en compagnie de ses enfants. Il y retrouve son associé de toujours Karl. Ce dernier est la cible du Reich et veut marier son fils avec Jeannie pour échapper aux pressions. Mais, Jeannie tombe amoureuse d’un chanteur d’opéra juif, Ludwig.  Dans le présent, Jay accepte le rendez de Dimitar, celui qui a participé à la mise au point de tous les détails de la solution finale, l’extermination des juifs par le Zyklon B, un gaz mortel. Les deux hommes ont une explication orageuse. Dimitar nie avoir tué Robert et détenir Jeannie. Il veut savoir ce qu’est devenu son or qui a disparu. Jay nie qu’il savait que ses usines fabriquaient du gaz. En 1941, Jeannie est contactée par une association juive. Jeannie et son père partent pour l’Allemagne. Jeannie veut retrouver Ludwig. Jay veut rencontre Karl. Ce dernier lui révèle l’existence des chambres à gaz pour les juifs. Pendant ce temps, Jeannie participe au sabotage de l’usine qui fabrique les gaz. Mais, Jay est pris en otage par les SS et obligé de collaborer s’il veut revoir sa fille. Ils lui demandent de verser sur un compte au Brésil tous ses avoirs et les leurs provenant des exactions auprès des juifs.  Jay voit son passé revenir à la surface comme un chancre qui le ronge. Est-ce ce passé qui empêche Jeannie de revenir ou y-a-t-il autre chose ? Quel visage a vraiment son ennemi ? Est-ce Pat Dole, un malfrat à qui il avait eu affaire plus jeune ou David Sterling dont Jay a ruiné la carrière et le mariage. Est-ce Dimitar qu’on retrouve empoisonné ? Jay passe de plus en plus de temps avec son ami, Mike Mac Everett, devenu directeur adjoint du FBI, et avec l’agent Eva Cruz. De son côté, Jeannie passée dans les services secrets après la disparition de Ludwig, revient dans le présent enquêter sur les faits de l’époque mais aussi sur des personnes insoupçonnables. L’incroyable vérité va venir d’une confrontation entre Jay, Jeannie, Eva et Mac Everett. Le père va-t-il enfin faire la paix avec sa fille ?

 

 

Une vérité surprenante

Stephen Desberg au scénario, et Griffo au dessin, nous plongent en plein  roman noir. Desberg entraîne le lecteur dans le passé de Jay afin de découvrir pourquoi on lui en veut. D’autant qu’il semble que son anéantissement total est ourdi par un mystérieux ennemi tapi au cœur de ses péchés de jeunesse… Dialogues ciselés, densité scénaristique et progression parfaitement maîtrisée jalonnent le récit. Bien sûr, la réussite de Jay Sherman, si brillante en apparence, risque fort de se ternir à mesure que Desberg égrène les révélations sur le passé trouble du personnage. Par des flashs back incessants, Desberg mélange passé et présent. Pour le passé, Jay semble avoir connu une réussite indéniable comme homme d’affaires, mais il subsiste des événements cachés. L’image du personnage principal éclate au fur et à mesure. Et, on apprend que sa fille constitue une des clés de l’énigme. Avec cet opus, le voile se déchire totalement. Jay était au courant pour les chambres à gaz même s’il ignorait que ses usines en fabriquaient. A son corps défendant, pour Jeannie, il a collaboré avec les nazis pour blanchir leur argent sale. Desberg fait ici des révélations capitales sur le passé de Jay et sur ses ennemis. Il révèle aussi ce qu’est devenu Jeannie en 1941. Mais, il existe encore d’importantes zones d’ombre. Jay a-t-il tout dit ? Desberg fait monter le suspense par de multiples rebondissements et donne envie au lecteur de relire les tomes précédents. Le lecteur voit comment les nazis sont parvenus à monter d’un cran dans l’horreur avec la solution finale. Le scénario se révèle efficace et pointu au point de scotcher le lecteur le temps de la lecture. Desberg a su mélanger habilement la petite et la grande Histoire. Dans le dénouement final, le lecteur est totalement surpris. En habile conteur, Desberg a su garder le meilleur pour la fin. Nul n’aurait pu deviner l’identité des coupables. Malgré un rythme de parution très soutenu, cette saga pleine de bruit et de fureur est d’une parfaite cohérence et mérite de devenir un classique. A mes yeux, il s’agit d’une des meilleures histoires de ce scénariste prolifique. Griffo restitue parfaitement toutes les époques, sans jamais se départir d’un dynamisme visuel et d’un sens de la narration qui met merveilleusement en valeur les émotions profondes qui se dégagent de l’intrigue. Son dessin ne s’embarrasse pas de décors inutiles. Il parvient à livrer six volumes en un temps record. Les couleurs sont parfaites car elles permettent de voir rapidement quand on change d’époque. La série a reçu le Prix polar 2011 au Festival Polar de Cognac.

La clôture en beauté d’un thriller passionnant. Un classique à lire d’urgence !


Marc Bauloye

 

Sherman T6 Le pardon. Jeannie Griffo Desberg Le Lombard